«Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée ne parvient plus à se reconstituer et nous refusons de l'admettre.»
Jacques CHIRAC
(Sommet de Joannesbourg, septembre 2002)
Si quelques grandes conventions internationales sur la conservation des habitats et de certaines espèces sont antérieures à 1992, et si le concept de développement durable a été consacré en 1987, le sommet de la Terre de Rio de Janeiro, de juin 1992, marque incontestablement un tournant décisif. Avant ce sommet des Nations Unies, ceux qui s'inquiétaient de l'appauvrissement de la biodiversité, étaient alors considérés comme des empêcheurs de tourner en rond, ou dans le meilleur des cas comme des originaux plus préoccupés par l'avenir des petits oiseaux et des jolies fleurs, que de l'avenir de l'homme. C'était le temps du développement économique sans concession et sans vision du devenir de la planète.
Le sommet de Rio de Janeiro instaure une nouvelle dynamique dans les pensées des sociétés dites «développées». Non seulement nos gouvernants commencent à prendre réellement conscience de l'évidence même, c'est-à-dire de l'appauvrissement dramatique de la la diversité biologique, mais reconnaissent la diversité du vivant comme patrimoine de l'humanité. Pour la première fois aussi, les états présents (182) adoptent des engagements contraignants sur le plan économique, et validés par l'ensemble des pays, au nord comme au sud. Ces engagements se traduisent par un programme concret, l'Agenda 21 qui prévoit 2 500 actions à mettre en oeuvre au niveau international.
Mieux, 10 ans plus tard, lors du sommet mondial du développement durable, en août 2002, à Joannesbourg, l'Union Européenne se donne pour objectif de stopper la perte de biodiversité d'ici à 2010. L'objectif semble pour le moins optimiste si l'on considère qu'en 12 ans, non seulement la tendance ne s'est pas inversée mais que la perte de biodiversité s'est accentuée et que l'échéance de 2010 paraît bien proche.
Faut-il pour autant baisser les bras ? Nous ne le pensons pas et c'est pourquoi Nature Centre a pris l'initiative de réunir le 20 novembre dernier, au Muséum d'Orléans, un grand nombre de scientifiques et de naturalistes afin de travailler sur l'idée d'un Observatoire de la biodiversité en région Centre.
A l'heure où les administrations et les organismes publiques, de plus en plus préoccupés, commencent à se mobiliser au niveau national, le monde associatif de la région Centre entend poursuivre le travail mené depuis des décennies par certaines structures et apporter sa contribution, même modeste, à la préservation et à l'avenir de l'humanité, car tel est l'enjeux.
Les grandes dates de la prise de conscience
Les grandes dates et textes qui jalonnent l'histoire mondiale, européenne et française du développement durable et de la conservation de la biodiversité. Les textes ou évènements européens et/ou français sont en bleu.
1951 : l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) : 1er rapport sur l'état de l'environnement dans le monde.
1966 : L'UICN et le CIPO (Conseil International pour la préservation des Oiseaux) publient la 1ère liste rouge mondiale. Elle est consacrée aux oiseaux.
1970 : Publication du Club de Rome : «Halte à la croissance».
2 février 1971 : Convention de Ramsar : Convention relative aux zones humides d'importance internationale particulièrement comme habitats des oiseaux d'eau.
1972 : Conférence des Nations Unies de Stockholm sur l'Environnement humain : Naissance du concept pour d'écodéveloppement. Création du PNUE (Programme des Nations Unies pour l'Environnement) en complément du PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement).
3 mars 1973 : Convention de Washington : Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction.
2 avril 1979 : Directive 79/409/CEE, dite «directive oiseaux» : Directive européenne concernant «la conservation de toutes les espèces d'oiseaux vivant naturellement à l'état sauvage sur le territoire européen des états membres auquel le traité est d'application. Elle a pour objet la protection, la gestion et la régulation de ces espèces et en réglemente l'exploitation» (art. 1er).
23 juin 1979 : Convention de Bonn : Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage.
1987 : Publication du rapport «Notre avenir à tous» de la Commission Mondiale sur l'Environnement et de Développement (Commission Brundtland) : Ce rapport consacre le terme de «Sustainable Development» qui deviendra le développement durable.
1992 : Création du comité français pou l'UICN avec pour mission principale de promouvoir les objectifs et de soutenir les activités de l'UICN en France et dans le monde.
9 mai 1992 : New-York : Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques
21 mai 1992 : Directive 92/43/CEE, dite «directive habitats» : Directive européenne ayant «pour objet de contribuer à assurer la biodiversité par la conservation des habitats naturels ainsi que de la faune et de la flore sauvage sur le territoire européen» (art. 2).
3-14 Juin 1992 : Sommet de la Terre de Rio de Janeiro (conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement) : Signature de la Convention sur la diversité biologique par 157 pays, dont la France le 13 juin. Les objectifs de la Convention sont «la conservation de la diversité biologique, l'utilisation durable de ses éléments et le partage juste et équitable des avantages découlant de l'exploitation des ressources génétiques» (art. 1er). Les états présents adoptent aussi un programme d'action à mettre en oeuvre au XXIème siècle : L'Agenda 21.
1997 : Traité européen d'Amsterdam : renforcement de la notion de développement durable
11 décembre 1997 : Protocole de Kyoto à la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.
1998 : Le Conseil européen de Cardiff appelle les différentes formations du Conseil à intégrer la préservation de l'environnement dans les politiques sectorielles.
Juin 2001 : Göteborg : les Chefs d'Etats européens approuvent la statégie européenne de développement durable.
29 janvier 2002 : Montréal : Protocole de Cartagena sur la prévention des risques biotechnologiques relatif à la Convention sur la diversité biologique.
Septembre 2002 : Conférence sur le Développement durable de Johannesburg : Les états s'engagent réduire de façon forte la perte de biodiversité d'ici à 2010.
3 juin 2003 : Adoption par le gouvernement français de la Stratégie Nationale de Développement Durable conformément au sommet de Göteborg.
15 décembre 2003 : Publication de «Au nom du vivant» : contribution à la Stratégie Nationale pour la Biodiversité du Comité français de l'UICN et du Conseil National du développement Durable
5 février 2004 : Présentation de la stratégie française pour la biodiversité par Roselyne Bachelot-Narquin, Ministre de l'Ecologie et du Développement Durable.
Février 2004 : 7ème conférence des Parties de la Convention sur la diversité biologique à Kuala Lumpur
Juin 2004 : Adoption par l'Assemblée nationale puis par le Sénat du projet de loi constitutionnelle relatif à la Charte de l'environnement.
Septembre 2004 : séminaire du Ministère de l'Ecologie et du Développement : Présentation des 5 premiers plans d'action thématiques dans le cadre de la stratégie française pour la biodiversité (agriculture, mer, urbanisme, transports terrestres, patrimoine naturel).
24/28 janvier 2005 : Conférence internationale «Biodiversité, science et gouvernance». A 5 ans de l'échéance fixée par la communauté internationale pour freiner et stopper l'érosion de la diversité biologique, les Etats font le point sur les acquis, les besoins et les initiatives en termes de connaissance et de gestion du patrimoine naturel.
«Le développement durable répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs»
Une prise de conscience bien tardive ...
Le 3 juin 2003, le gouvernement français adoptait la stratégie nationale de développement durable et le 25 juin de la même année, la charte de l'environnement. La stratégie nationale pour la diversité biologique est l'une des déclinaisons majeures de cette nouvelle conception de développement voulant prendre en compte le vivant.
Aujourd'hui, l'appauvrissement de la diversité biologique est reconnue par tous et cette érosion du vivant n'est pas fortuite. Elle résulte de choix politiques, économiques et sociaux qu'il est grand temps de remettre en cause.
L'objectif de stopper la perte de biodiversité d'ici 2010 est ambitieux et nécessite une mobilisation sans précédent. La responsabilité de la France en ce domaine est immense si on considère sa présence dans le monde à travers ses territoires d'outre-mer et son rôle politique dans l'union européenne comme dans le monde.
«La diversité bioloqique, ou biodiversité désigne la diversité de toute forme de vie sur Terre. Elle s'exprime au niveau de la diversité génétique, de la diversité des espèces et de la diversité des écosystèmes.»
La biodiversité, dimension essentielle du vivant
La biodiversité est un enjeu vital pour les sociétés humaines par les biens et services qu'elle procure. Aux dires des experts, les trois principales pressions s'exerçant sur la biodiversité sont la destruction, la fragmentation et l'altération des habitats, l'introduction d'espèces allogènes et la surexploitation de certaines espèces. Ces atteintes à son intégrité concernent tous les milieux, même les plus ordinaires.
La biodiversité a une valeur :
- patrimoniale : c'est un héritage qui résulte de l'histoire de notre planète,
- culturelle : c'est souvent une composante identitaire, symbolique, voire religieuse de groupes humains ou de sociétés avec lesquelles elle est en relation,
- écologique : c'est la condition du maintien des écosystèmes,
- économique : c'est une source de richesses (alimentation, vêtements, habitations, substances pharmaceutiques, sites touristiques ...),
- potentielle : La biodiversité représente une multitude de potentialités non exploitées. Il reste presque tout à découvrir de la variété des gènes et de leurs propriétés.
«Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et favorable à sa santé» (Projet de loi constitutionnelle sur la charte de l'environnement, art. 1)
Les finalités de la stratégie nationale
Stopper la perte de biodiversité d'ici 2010
Maintenir la diversité génétique, des espèces et des habitats,
Améliorer la trame écologique : maintenir la diversité des paysages, et améliorer la connectivité écologique à l'échelle du pays,
Maintenir le bon fonctionnement des écosystèmes,
Définir des indicateurs pour suivre les progrès réalisés
Ces indicateurs devront être mis en place pour suivre :
* la diversité génétique (programme MAAPAR de suivi des variétés végétales et races animales),
* la diversité spécifique (STOC, poissons, listes rouges nationales),
* la diversité des habitats (Natura 2000).
Les grandes orientations de la stratégie nationale
La stratégie nationale pour la biodiversité définie quatre orientations :
La mobilisation de tous les acteurs
* associer tous les acteurs à la mise en oeuvre de la stratégie,
* sensibiliser les citoyens, éduquer les jeunes générations,
* Impliquer les secteurs socio-professionnels clés : entreprises, agriculteurs, usagers de la mer,
* responsabiliser la sphère publique.
Reconnaitre le vivant à sa juste valeur
* développer la comptabilisation des aménités et des dommages à l'environnement,
* compléter le système de comptabilité nationale.
Améliorer la prise en compte par les politiques publiques
* intégrer la biodiversité dans les politiques sectorielles,
* valoriser et gérer les territoires de façon durable,
* financer la politique du patrimoine naturel et paysager,
* déployer une diplomatie et une coopération pour la biodiversité.
Développer la connaissance scientifique et l'observation
* renforcer et densifier la recherche scientifique en biodiversité,
* mettre en place un dispositif d'observation de la biodiversité,
* développer des indicateurs de suivi.
Une perte de biodiversité omniprésente
La perte de biodiversité est perceptible à toutes les échelles.
Au niveau mondial, l'UICN(Union Internationale pour la Conservation de la Nature) suit l'état de conservation de beaucoup de populations animales ou végétales. Le rapport annuel montre, notamment pour les groupes taxonomiques bien décrits et évalués, une érosion dramatique de notre patrimoine mondial si l'on considère que les dégradations engendrées par l'activité humaine s'effectuent sur une échelle de temps bien dérisoire comparée à l'histoire de notre planète.
Sur les 1,75 millions d'espèces décrites (on estime le nombre d'espèces total entre 5 et 30 millions), très nombreuses sont les espèces menacées d'extinction selon l'UICN. Le nombre total d'espèces animales menacées a progressé de 40 % en 8 années (5 205 en 1996 et 7 266 en 2004). 60 000 espèces végétales sur 350 000 connues sont également menacées d'extinction. Le rythme actuel d'extinction d'espèces serait de 100 à 1000 fois plus élevé que le rythme normal mesuré au cours des temps géologiques.
En France, la situation n'est guère meilleure ; en ce qui concerne la flore, la France possède 40 % de la flore d'Europe sur moins de 12 % de la surface du continent. Sur plus des 4 700 taxons connus en France, 34 sont présumés disparus en un siècle et 486 sont considérés comme en danger ou vulnérables. Pour la faune, sur 135 espèces de mammifères reproducteurs (y compris les mammifères marins), 49 ont été recensés comme menacés à divers degrés. Sur 276 espèces d'oiseaux nichant en France, 51 sont considérées comme menacées. Sur les 76 espèces de poissons d'eau douce présentes en France, 2 espèces ont disparu et 17 sont en danger ou vulnérables. Sur les 33 espèces de reptiles se reproduisant actuellement en France, 13 sont menacées. En ce qui concerne les invertébrés, la situation est plus floue car on ne connaît pas le nombre exact d'invertébrés. On a jusqu'ici recensé 39 000 espèces en Franceet il est certain que nombreuses sont les espèces d'invertébrés qui voient leur population diminuer par la pression humaine sur leurs habitats, mais aussi par l'usage intensif des pesticides, par les modifications des pratiques agricoles et sylvicoles, et par les pollutions.
En région Centre, l'échelle plus petite devrait permettre de mieux suivre cette biodiversité. Ce n'est pas le cas, car, et c'est en partie ce qui justifie notre démarche d'aujourd'hui, il n'existe pas de structure permettant une vision globale et sur le long terme de notre patrimoine régional. Si pour certains groupes, notamment les oiseaux ou la flore de certaines régions naturelles, nous avons des données anciennes permettant de se faire une idée de cette érosion de la biodiversité, il n'en est pas de même pour beaucoup d'autres groupes à commencer par les insectes, les poissons, les mollusques ou bien encore les champignons ou les lichens.
Cependant, quelques travaux régionaux permettent de constater que notre flore et notre faune régionale subissent la même érosion. Parmi de très nombreux exemples d'espèces disparues au XIXè siècle, citons :
- pour les orchidées : Liparis de Loesel, Malaxis des marais (sources SOCL - 2002)
- pour les mammifères : Genette et Vison d'Europe
- pour les oiseaux : Butor étoilé (1985), Râle des genêts (1971-74), Traquet motteux (1976), dans le Loiret (sources Naturalistes Orléanais - 1995), Pie-grièche à poitrine rose, Marouette de Baillon, Merle à plastron, Gobemouche à collier, Grand Corbeau pour la région Centre (sources, Perthuis - 2002).
La disparition de ces espèces bien connues est la partie la plus visible et médiatisée de l'iceberg, mais l'immense majorité des espèces qui disparaissent passent totalement inapercues car appartenant à des groupes taxonomiques non étudiés. Pour les écosystèmes, la situation est tout autant dramatique car la disparition de certains habitats entraînent inexorablement la disparition des espèces qu'ils abritent. On sait par exemple que 50 % des zones humides ont disparu ces 30 dernières années.
Si cette perte de biodiversité est consécutive principalement à la dégradation ou à la disparition des milieux abritant les espèces, l'introduction d'espèces exotiques risque d'avoir des conséquences dont on ne mesure pas encore aujourd'hui toute l'ampleur. La région Centre n'échappe pas à la règle et chacun peut constater la prolifération de certaines espèces importées volontairement ou accidentellement aux détriments d'espèces autochtones :
- des plantes : l'Ambroisie (Ambrosia artemisiifolia), Buddléa de David (Buddleja davidii), La Jussie à grandes fleurs (Ludwigia grandiflora), La Renouée de l'Himalaya (Polygonum polystachyum), la Renouée du Japon (Fallopia japonica), le Solidage du Canada (Solidago canadensis) etc ...
- des mammifères : le Ragondin (Myocastor coypus), le Rat musqué (Ondatra zibethicus) etc ...
- des crustacés : l'Ecrevisse américaine (Orconectes limosus), l'Ecrevisse rouge des marais ded Louisiane (Procambarus clarkii), l'Ecrev isse de Californie (Pacifastacus leniusculus)
- des mollusques : La Corbicule (Corbicula fluminea), la Moule zébrée (Dresseina polymorpha), Potamopyrgus antipodarum, Physella acuta etc ...
- des oiseaux : Bernache du Canada (Branta canadensis), Le canard mandarin (Aix galericulata), le Colin de Virginie (Colinus virginianus), le Faisan vénéré (Syrmaticus reevesii) etc ...
- des poissons : Le Silure glane (Silurus glanis), la Perche soleil (Lepomis gibbosus), le Poisson chat (Ictalurus melas), la Truite arc en ciel (Oncorhynchus mykiss), le Sandre (Stizostedion lucioperca), le Black-bass à grande bouche (Micropterus salmoides) etc ...
Races animales et variétés végétales
Si l'accent est mis aujourd'hui sur la perte de biodiversité au niveau du patrimoine naturel, le phénomène est tout autant spectaculaire en matière de races animales et variétés végétales. Au fil des siècles, l'homme s'est approprié une partie de la biodiversité naturelle pour créer de nouvelles formes vivantes domestiquées et sélectionner de nouveaux végétaux correspondant aux besoins des hommes. Ce long processus générateur de biodiversité génétique est depuis quelques décennies remis en cause par l'abandon et la disparition de toutes ces races et variétés anciennes et leur remplacement par de nouvelles formes exlusivement sélectionnées pour leur rentabilité économique.
Certains agriculteurs tentent d'inverser le phénomène et diverses initiatives naissent ici ou là. En région Centre, dans le Berry, l'Union pour la préservation et la valorisation des Ressources Génétiques du Berry, l'URGB, regroupe un certain nombre d'associations spécialisées dans la sauvegarde de races animales et variétés végétales anciennes : âne Grand Noir du Berry, chêvre cou-clair du Berry, sauvignon rose et genouillet, poirier Sauger, berrichon du Cher ...
Le projet de Centre de Ressources Génétiques et Patrimoniales en Berry destiné à construire un outil commun pour la conservation et la promotion de ces richesses se trouve être tout à fait en phase avec notre démarche de mise en place d'un Observatoire régional de la biodiversité et nous paraît être une initiative inovante et exemplaire pouvant inspirer d'autres régions naturelles de la région Centre.
Pour une région Centre innovatrice . . .
«La constitution d'un réseau national des données sur la nature et la création d'un observatoire statistique de la biodiversité ordinaire sont des opérations nationales et ne peuvent à elles seules répondre à tous les besoins, notamment ceux de projets locaux ou de plans d'action de caractère régional. C'est une épine dorsale répondant à des besoins nationaux et sur laquelle peuvent venir s'appuyer des systèmes déconcentrés. La Région est sans aucun doute un niveau auquel concevoir des systèmes d'informations adaptés aux conditions locales, à une échelle pertinente pour des projets sur les territoires ou les paysages. Leur émergence et leur développement doivent être encouragés et ils doivent associer des partenaires multiples au premier rang desquels les collectivités territoriales concernées. Les points d'appui scientifiques naturels sont notamment les conseils scientifiques régionaux du patrimoine naturel.» (Stratégie française pour la biodiversité, enjeux, finalités, orientations - février 2004.)
Aujourd'hui, à 5 ans de l'échéance de 2010, nous observons la convergence d'une volonté politique nationale de préservation de la biodiversité, développée ci-dessus, et d'une volonté politique régionale qui s'est exprimée déjà en novembre 2001 lors de la séance plénière de la Conférence Régionale de l'Environnement par l'examen du rapport d'Elisabeth Trotignon, «Pour un plan régional de gestion durable du patrimoine naturel». Ce rapport s'appui notamment sur un travail préalable mené par le Conservatoire du Patrimoine Naturel de la Région Centre. Ce document établi avec l'aide des associations d'études et de protection de la nature de la région Centre, sur la base d'un état des lieux quasi exhaustif, proposait déjà comme première orientation la mise en place d'un inventaire permanent de la biodiversité s'appuyant sur «un organe consultatif sans organe juridique, sorte d'observatoire régional de la biodiversité, chargé de la mise en synergie des travaux des réseaux.»
Depuis, d'intéressantes initiatives ont vu le jour dans le domaine de l'observation de la biodiversité parallèlement à l'augmentation significative du réseau des sites protégés du CPNRC :
* la mise en place par Nature Centre du réseau ODONAT (Office de données naturalistes) collectant et structurant les données naturalistes sur l'ensemble de la région Centre. Aujourd'hui, pratiquement toutes les associations d'études et de protection de la nature, collectant des observations de terrain, travaillent avec le même logiciel, constituant ainsi un réseau de plus de 50 banques de données concernant toutes les disciplines.
* l'arrivée en région Centre du CBNBP (Conservatoire Botanique National du Bassin Parisien) et l'activation de sa banque de données sur les végétaux (FLORA).
Aujourd'hui, la quasi totalité des conditions nous semblent donc réunies pour concrétiser l'idée d'Observatoire de la biodiversité en région Centre.
Cinq grands objectifs
Expliquer la biodiversité
Si le mot biodiversité est à la mode, la perception qu'en a le grand public est souvent fragmentaire ou erronée et en tout cas insuffisante. La plupart du temps cette prise de conscience, si elle a lieu, repose sur une information délivrée par les grands médias montrant la plupart du temps la disparition de quelques espèces emblématiques (éléphants, grands fauves ...) dans certaines régions lointaines d'Afrique ou d'Asie. Peu de gens ont vraiment pris conscience de l'importance de la biodiversité dans notre vie de tous les jours.
Cet effort d'explication doit être entrepris dans les plus brefs délais, faute de quoi tous les efforts de conservation de cette biodiversité seront mal compris et donc inopérants.
Fédérer et coordonner les énergies et les initiatives
La région Centre est dotée d'un grand nombre d'associations ou d'organismes oeuvrant dans le domaine de la biodiversité : associations d'études et de protection de l'environnement, musées d'Histoire Naturelle, conservatoire de sites, organismes de recherches, laboratoires ...
Chacun de ces organismes, s'ils développent leur propres recherches et leur propre stratégie, n'en ont pas moins des besoins souvent identiques dans certains domaines ; valorisation de leurs travaux, recherches de financement, problèmes logistiques etc ... D'autres part, les partenaires potentiels ne sont guère nombreux ; DIREN, Région Centre et autres collectivités territoriales, Agence de l'eau ...
Il importe donc de donner à ces financeurs potentiels la meilleure lisibilité possible de nos actions et de formuler des programmes opérationnels cohérents les uns par rapport aux autres.
Loin de remettre en question l'indépendance de ces différents organismes, l'Observatoire de la Biodiversité de la région Centre doit permettre de développer dessynergies bénéfiques à tous.
Evaluer la biodiversité
Si de nombreux travaux de terrain montrent depuis de nombreuses années l'appauvrissement de la biodiversité en région Centre, comme dans toutes les autres régions françaises, il n'existe à aujourd'hui, aucun document général de synthèse dressant un état des lieux à un instant «T» et pouvant servir de base à de futures analyses.
L'un des objectifs prioritaire de l'Observatoire de la Biodiversité de la région Centre devra être, à notre sens, de rassembler tous les partenaires afin de dresser unétat de lieux incontestable et incontesté pouvant servir dans l'avenir de référence à l'observation de l'évolution de la biodiversité. Pour les diversités systémique et écosystémiques, la réalisation d'un Livre Rouge (ou de Listes Rouges) semble l'outil le plus adapté à cet objectif.
Mieux restituer les connaissances
De trop nombreux rapports financés par l'état ou les collectivités territoriales dorment dans les tiroirs, sans parler des travaux très proches les uns des autres mais réalisés avec des financements différents (état des lieux du plan régional de valorisation du patrimoine naturel, suivi peu de temps après par l'état des lieux pour les ORGFH par exemple). D'autres travaux dont la périodicité pourrait laisser présager des analyses tout à fait pertinantes sont gardés quasiment au secret pour des motifs tout à fait inexplicables de déontologie (inventaire ZNIEFF). De même, beaucoup de données accumulées par les associations depuis près d'un demi siècle pour certaines, n'ont jamais fait l'objet de synthèses et de publications (données de baguage du CRBPO).
Pourtant, la région Centre est peut-être la seule région française à pouvoir mettre en avant deux revues naturalistes : Recherches Naturalistes en région Centre, publiée par Nature Centre et Symbiose, revue du réseau REMUCE, permettant de faire connaître des travaux scientifiques ou naturalistes.
Créer un lieu de concertation, de réflexion et d'orientation des politiques publiques
La région est déjà dotée d'une instance de validation scientifique, le CSRPN et d'une assemblée de concertation politique, la Conférence Régionale de l'Environnement. Il lui manque un lieu d'échanges et de travail associant tous les partenaires naturalistes et scientifiques où pourraient s'élaborer des propositions concrêtes vers les instances décisionnelles.
L'Observatoire de la Biodiversité de la région Centre peut et doit devenir ce lieu de débat de la communauté scientifique et naturaliste, où les méthodologies sont discutées et validées, où des programmes d'actions émergent, mûrissent et trouvent des partenaires pour les assumer et les porter vers les décideurs.
A chaque objectif, des actions concrètes
Expliquer la biodiversité
- Chaque partenaire trouvera dans le futur Ecopole d'Orléans, un lieu propice à la présentation d'expositions sur les thèmes liés à la biodiversité.
- Certaines thématiques font l'objet de travaux menés en région Centre par différents organismes, par exemple les espèces introduites. Les échanges au sein de l'Observatoire favoriseront la réalisation de plaquettes de vulgarisation réalisées en commun par différents partenaires.
- Une plaquette explicative s'appuyant sur des exemples concrets pris en région Centre, serait de nature à mieux faire comprendre au plus grand nombre l'importance de la conservation de la biodiversité.
Fédérer et coordonner les énergies et les initiatives
- L'Observatoire de la Biodiversité sera le lieu idéal pour mettre en place un certain nombres d'outils communs, souvent réclamés depuis des années par de nombreux partenaires :
- annuaire des compétences,
- bibliographies thématiques,
- centre de documentation sur la biodiversité,
- etc ...
- L'Observatoire pourra avoir un rôle important dans l'explication, la validation et le partage des méthodologies qu'elles soient issues d'expérimentation en région Centre ou au niveau national.
- L'Observatoire facilitera la quête des étudiants dans leur recherche d'organismes susceptibles d'accueillir leurs travaux de mémoires,
- L'Observatoire pourra faire la promotion de colloques organisés en région Centre et organiser lui-même de telles manifestations.
Evaluer la biodiversité
Au delà des programmes de recherches propres à chaque organisme, l'Observatoire pourra susciter des travaux inédits demandant la mobilisation d'un grand nombre de partenaires. Par exemple, la réalisation et la publication d'un Livre Rouge des habitats et des espèces menacés nous paraît être un travail à moyen terme, susceptible de fédérer les énergie et de doter la région Centre d'un outil constituant un sorte de point initial de la connaissance en ce début de siècle. Ce projet devra être largement ouvert à tous les partenaires dont les compétences sont reconnues dans et hors l'Observatoire de la Biodiversité.
A partir de ce document, facititant grandement la vision de la connaissance de la biodiversité en région Centre, il apparaîtra un certain nombre de «trous» dans cette connaissance, qui pourront faire l'objetd'un plan d'action à différents termes en matière de recherche.
Mieux restituer les connaissances
Un certain nombre d'initiatives peuvent être prises afin d'améliorer la restitution des connaissances :
- promouvoir les deux revues naturalistes «Recherches Naturalistes en région Centre», publiée par Nature Centre et «Symbioses», publiée par Rémuce et affirmer leur complémentarité.
- les banques de données des différents partenaires deviennent de plus en plus opérationelles ; ODONAT du réseau des associations, FLORA du CBNBP, SERENA des réserves naturelles, d'autres sont en construction au sein du CPNRC et de LOIRE NATURE. Très complémentaires les unes par rapport aux autres, il semble judicieux qu'elles soient accessibles à ceux qui en ont le besoin via un seul portail régional expliquant où se trouvent les informations.
- A partir de ce portail, on peut aussi envisager de mettre en place des bornes interactives publiques permettant de se connecter à ces différentes banques de données, dans certains lieux stratégiques (collectivités territoriales, Ecopoles, administration ...)
- Il serait souhaitable que selon une périodicité qui reste à définir, l'Observatoire organise un colloque régional permettant de faire connaître et valoriser les efforts de recherches en matière de biodiversité des différents partenaires.
Créer un lieu de concertation, de réflexion et d'orientation des politiques publiques
Si l'Observatoire souhaité est avant tout une mise en réseau des énergies et des compétences, il a besoin de pouvoir s'identifier à un lieu physique où les différents partenaires peuvent facilement se rencontrer. Il a aussi bessoin d'une vitrine de la recherche scientifique et naturaliste en région Centre, accessible à tous les publiques. Le futur Ecopole est le lieu idéal pour remplir ces missions.
Mais l'Observatoire doit aussi compléter les instances régionales oeuvrant dans ce domaine. Notre région est déjà dotée d'un comité scientifique, le Comité Scientifique Régional du Patrimoine Naturel et d'une assemblée régionale, la Conférence Régionale de l'Environnement, où élus, associations et personnes qualifiées peuvent débattre et proposer des orientations à l'exécutif régional. Il lui manque une structure régionale regroupant tous les partenaires scientifiques et naturalistes et qui pourrait exercer une veille écologique indispensable, mettre en oeuvre les programmes d'évaluation et de suivi de la biodiversité, demander au Préfet de saisir le CSRPN sur un dossier ou bien proposer des thématiques de débats à la CRE.