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Index de l'article
Agriculture
Politique Agricole Commune
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Motion validée par le Conseil d'administration de Nature Centre


L'agriculture française, et tout particulièrement l'agriculture régionale, est à la croisée des chemins : changement du contexte de production, changements attendus des conditions de production, changement des attentes de la société, attentes, il faut le reconnaître, porteuses qui plus est de contradictions.



bocage1 cheval de trait 2 Champs Beauce 1 epandages pesticides par tracteur

Il est normal et nécessaire de poser la question de la compétitivité de l'agriculture de notre région - il serait plus juste d'ailleurs de parler des agricultures de notre région : c'est sans doute cette relative diversité qui peut lui être salutaire, et s'il est un objectif à fixer, c'est de tout faire pour lui éviter le piège mortel de l'uniformité.

L'enjeu est bien celui de la survie de notre agriculture : à quelles conditions pourra-t-elle rester dans le jeu ?

Mais à cette question, il existe plusieurs réponses, plusieurs pistes économiques possibles dont les implications sociales et environnementales ne sont pas les mêmes.


La politique régionale est axée sur une démarche de filières: de fait, sans organisation de la profession- un vrai problème dans notre région - on peut s'interroger sur l'avenir des exploitations. Mais pour être vraiment efficace, cette démarche devra s'articuler avec ce qui existe par ailleurs: politiques européennes, mesures agri-environnementales françaises, programmes des agences de l'eau, politiques départementales...: l'application opérationnelle passe peut-être par une structure de concertation entre tous les intervenants. Et ce d'autant plus qu'aucune de ces politiques n'est en mesure à elle seule de répondre aux enjeux.

 

Notre espace naturel régional est essentiellement un espace agricole. La convergence des politiques régionales agricoles et environnementales est indispensable si l'on souhaite vraiment agir efficacement sur les milieux naturels et la biodiversité. Il existe des outils - diagnostics biodiversité... Il existe des cibles stratégiques (corridors biologiques dont un état des lieux étendu à la Région permettrait d'identifier de très utiles priorités d'actions en termes de fonctionnalité des milieux naturels). Il existe des compétences. Il existe une volonté , voire une attente dans la profession. Les leviers sont là: à condition de mettre un peu d'huile dans les rouages, un peu de souplesse dans l'application des politiques, on pourra agir sur cette espace naturel «ordinaire» qui est le support essentiel du patrimoine naturel de notre région. C'est déjà un objectif qui se suffit à lui-même, il offre également un support de développement pour le tourisme rural, et au-delà même, il concourt fortement à l'image et à l'attractivité de notre région.

 

L'eau

C'est une question forte en région Centre, surtout sur les aspects qualitatifs... encore ne savons-nous pas ce que nous réservent les évolutions climatiques (et c'est d'ailleurs un élément qu'il serait prudent d'intégrer dans les politiques régionales). Agir sur la qualité de l'eau se traduit certes en termes de réduction d'intrants, mais pas seulement : la couverture des sols, la reconstitution de ce qu'on appelle d'une façon un peu technique l'infrastructure naturelle des bassins-versants, le maintien des prairies et des milieux humides, tout cela conditionne la qualité de l'eau et rejoint par ailleurs l'objectif biodiversité. Là encore, une convergence avec des politiques portées par d'autres acteurs serait gage de plus grande efficacité, surtout au regard des objectifs de la directive-cadre européenne qui ne sont pas gagnés pour nos bassins.

Là encore, les politiques sur l'eau peinent souvent à se concrétiser sur le terrain faute de maîtres d'ouvrages pouvant agir sur un territoire pertinent. La réflexion en cours dans les agences serait que les Pays pourraient jouer ce rôle. C'est également vrai pour les milieux naturels et la biodiversité. L'intégration des politiques régionales agricole et environnementale dans les actions retenues par les Pays paraît une piste à exploiter et encourager.

 

Les bio-énergies

Il est actuellement de bon ton de s'enthousiasmer sur cette solution qui contribuerait à répondre à la fois aux problèmes de l'effet de serre et de la raréfaction du pétrole. Les associations de protection de la nature et de l'environnement sont pour leur part beaucoup plus circonspectes. Certaines questions restent sans réponse ou font l'objet de controverses : le gain énergétique est-il aussi certain qu'on veut le croire ou le faire croire ? Quelle proportion de la surface agricole utile peut-on raisonnablement réserver à ces cultures par rapport aux cultures alimentaires ? Et comment faire pour éviter la relance d'une production intensive avec son cortège d'impacts bien connus, trop connus sur l'eau, les sols, la biodiversité, l'air... Quelles seront les limites des chartes de production pour que la filière reste rentable ? Ce sont des interrogations de taille, et ne pas y réfléchir sérieusement, c'est se lancer dans une aventure risquée, à l'opposé d'une démarche de développement durable, et dont le coût final pourrait être à tous égards supérieur au gain espéré.






POLITIQUE AGRICOLE COMMUNE

Nature Centre soutient que c'est sur une agriculture de proximité que devraient se fonder les réformes indispensables de la PAC et de l'OMC, recentrée sur sa fonction alimentaire, et prioritairement tournée vers un marché local ou du moins européen.


Une réflexion sur le devenir de l'agriculture doit aussi intégrer une dimension planétaire au regard des évolutions démographiques mondiales. Il devient en effet très urgent de définir une stratégie visant à répondre aux besoins alimentaires des régions du monde cumulant accroissement de population, contextes politique et économique sous tension et forte exposition aux effets du changement climatique. Sous couvert de « nourrir la planète », il ne s'agit pas d'aggraver les difficultés de ces pays en exportant des produits alimentaires dont la nature comme leurs conditions économiques de production achèvent de déstabiliser leur agriculture, mais de les aider à atteindre l'autonomie alimentaire, non seulement du point de vue technique, mais également organisationnel, dans l'environnement physique, socio-économique et culturel qui est leur est propre, sans chercher à imposer des modèles inadaptés et dont nous-mêmes nous mesurons aujourd'hui les limites.

Dans nos pays développés, l'agriculture de demain - et ce demain commence aujourd'hui - devra faire face au défi alimentaire, mais également aux défis énergétique, climatique et écologique. 4 défis qui impliquent une correction des politiques d'aides qui ont laissé le  champ libre à une concurrence impossible entre quantité et qualité. La co-existence d'une production alimentaire à bas prix et faible qualité et d'une production haut de gamme réservée aux plus fortunés est une menace réelle. La stratégie de filières courtes, rapprochant autant que possible producteurs et consommateurs est-elle susceptible de concilier les exigences économiques, sociales et environnementales ? Certains exemples actuels -dans notre région même - incitent à le penser, puisque sur certains marchés locaux, on relève depuis quelque temps des prix de produits issus notamment de l'agriculture biologiques sensiblement inférieurs à ceux affichés par les grandes surfaces pour des produits issus de l'agriculture conventionnelle. Au reste, si les ménages ont par jusqu'ici diminué la part consentie pour leurs dépenses alimentaires au profit d'autres produits moins vitaux, la tendance peut connaître des inflexions dans l'avenir. La demande sociale évolue, de même que les conditions économiques d'exploitation : ce sont des opportunités qui peuvent aider à négocier le virage nécessaire. Il y aurait nécessité de repenser le deuxième pilier de la PAC mais faut-il d'ailleurs conserver deux piliers ? N'est-ce pas au fond  l'agriculture européenne dans sa globalité qui devrait se refonder à partir des principes évoqués en tout début ?

L'autonomie alimentaire reste la priorité essentielle sur tout autre objectif de production agricole. Il faut le réaffirmer, et de même insister sur les conditions de production qui ont un rapport direct avec une autre préoccupation tout aussi vitale, notre santé. Préoccupation qu'il n'est plus possible aujourd'hui d'ignorer, étroitement liée à l'état de l'eau, de l'air, des sols. Et au devenir de la biodiversité, qui n'est rien de moins que le moteur de la vie. Rappelons que l'agriculture, comme d'autres domaines d'activité, aura dans un proche avenir à prendre en compte la constitution de la trame verte et bleue, indispensable non seulement pour pallier les effets-barrières de l'urbanisation et des transports, mais aussi ceux des grandes zones de plaines vouées à l'agriculture intensive.



 
Réalisé grâce au soutien financier du Conseil Régional du Centre - Conception : C. Laffolay - SNE - Dessins : Dominique Charron

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