| Energie |
|
|
|
|
Intervention au Conseil Economique et social lors du débat sur l'énergie en 2005
Parler d'énergie, c'est parler de société. C'est donc ne pas déconnecter notre façon de consommer, d'être solidaire, de nous développer des choix énergétiques que nous prenons. C'est sur cette conception d'une société plus sobre, moins concurrentielle, dans un marché non libre et faussé que nous nous plaçons et cela sans ambiguïtés.
Nous sommes aujourd'hui face à deux risques graves qui font peser sur les populations, les milieux naturels et les espèces des incertitudes inacceptables : le premier, le risque nucléaire avec un possible accident et l'incapacité que nous avons et aurons de traiter les déchets radioactifs, les laissant pour des millions d'années aux générations à venir, et le second, l'inévitable augmentation des gaz à effet de serre, si nous ne prenons pas des mesures drastiques, qui a et aura des conséquences incalculables et imprévisibles pour tous et notamment les pays les plus démunis. Pour l'anecdote, rappelons qu'il y a trente ans, lors du choix nucléaire français, qui se préoccupait du réchauffement de la planète, sinon quelques écologistes ringardisés ? Mais revenons à l'actualité : quelle aubaine que le dérèglement climatique pour faire avaliser le prochain réacteur nucléaire EPR dans la nouvelle loi d'orientation énergétique ! Est-ce décidé par la population alors qu'elle est directement concernée ? Non, cela resterait dangereux puisque des sondages (celui réalisé pour l'Union française d'électricité précise que 61 % des français voudraient pouvoir se passer du nucléaire) démontrent depuis plusieurs années que celle-ci ne fait plus confiance à l'atome et souhaite voir d'autres orientations énergétiques prendre le relais. Les gouvernements successifs en parlent beaucoup de ces changements : mais qu'en est-il exactement ? Un manque certain d'envergure et un ensemble de politiques contradictoires puisque l'on constate toujours une augmentation régulière de notre consommation électrique de 1 à 2 % par an, des énergies renouvelables qui ne décollent pas avec des coups bas réguliers (l'éolien vient d'en faire les frais), l'utilisation des énergies fossiles en constant accroissement. La question reste donc : peut-on se passer de nucléaire en France dans les années à venir sans pour autant amplifier les gaz à effet de serre ? La consommation finale française en 2003, c'est globalement 4 % de biomasse, 4 % de charbon, 50 % de produits pétroliers, 20 % de gaz et de l'électricité à 22 %. Produisant 77 % de ces 22 %, le nucléaire ne représente que 15 à 18 % de l'énergie consommée en France. De plus, n'oublions pas que le nucléaire produit 60 g de CO² par kWh lorsque l'on prend en compte l'ensemble de la filière, de l'amont à l'aval. Selon les estimations, le remplacement de tous les réacteurs nucléaires du monde par des installations à combustibles performantes provoquerait un accroissement inférieur à 2,5 % des gaz à effet de serre. Enfin, il est totalement inconcevable de développer le nucléaire au niveau mondial, auquel cas l'uranium viendrait à manquer en l'espace de quelques dizaines d'années. Nous n'avons donc aucune autre alternative que de nous engager vers des scénarios calés sur des actions volontaristes et continues de sobriété énergétique, avec la recherche systématique d'une meilleure efficacité énergétique dans tous nos usages et équipements, le recours prioritaire aux énergies renouvelables pour la fourniture résiduelle d'énergie. Un scénario basé sur cette démarche a été élaboré par des professionnels de la maîtrise de l'énergie regroupés dans l'organisme Négawatts. Sans entrer dans les détails, il en ressort des gisements considérables d'économies de l'ordre de 70 % à l'horizon 2050. Dans ce scénario, les énergies renouvelables représenteraient alors 59 % de la production d'énergie primaire totale française. La production d'électricité serait assurée à plus de 70 % par une combinaison d'énergies renouvelables, le reste par le gaz naturel. Le recours au nucléaire pourrait être arrêté vers 2030. Les mesures préconisées permettent de stabiliser notre consommation d'énergie primaire puis de la réduire en 2050 à 51 % de sa valeur actuelle, divisant par 3 les émissions de GES. Et ne pensons pas que nous aurons pour autant des éoliennes partout. Des ressources pétrolières en réduction constante, une politique forte dans le secteur des transports, une production plus performante par turbines à gaz, plusieurs mètres carrés par habitant de capteurs solaires, des logements réhabilités, des voitures sobres... Et ce n'est pas le seul scénario possible : d'autres existent et qui aboutissent à des résultats sensiblement identiques. Nous n'avons donc pas à choisir entre la peste et le choléra. L'alternative est limitée. Seule une action lourde, efficace, globale et volontaire peut nous permettre d'imaginer une France et une terre habitable pour nous et les générations futures. |






